Shunsuke Ohno, jeune photographe japonais, parvient à combiner de manière subtile des techniques photographiques classiques et des approches empruntées à d’autres arts et disciplines. La contemplation de ses images provoque des réactions où tous nos sens sont sollicités.
Dans sa première série, "Open G", innocemment nommée en référence à un accord de guitare, il nous fait voyager à travers des villes européennes, où toutes les photographies ont été prises après avoir fumé de l’herbe. Devant les 77 images de la série, le spectateur est invité à repérer la couleur verte sur chacune. Il se retrouve ensuite, à sa surprise, à chercher du vert autour de lui. L’effet d’éblouissement comme après avoir fixé le soleil est étonnement transposé dans la perception photographique.
Shunsuke Ohno, quoique voyageur très curieux, reste troublé par Tokyo, la ville où il vit depuis 7 ans : “la plus bizarre des villes”, d’après lui. “1 second in Tokyo”, série de 30 photographies, est un récit de la cacophonie de la ville, de ses pulsations et de sa mélodie. Shunsuke rapproche la musique de la photographie. Il évoque des expériences qui le fascinent : le film de Paul Auster “SMOKE”, dans lequel le propriétaire d’un bureau de tabac prenait une photo par jour pendant 8 ans du même point d’observation, et les photographies de Kikai Hiroo qui a réalisé des portraits du même angle pendant 30 ans. Le flou des silhouettes humaines, des véhicules et des trains passant à toute vitesse est obtenu avec un temps de pause d’une seconde. Ohno confie qu’il lui être arrivé de grimper sur une voiture ou à un arbre pour obtenir le meilleur angle. Il nous fait visiter une ville chaotique et posée à la fois, colorée et vibrante, une image par lieu.
Sa série « Landamscapes » (2009), pour laquelle il a entrepris un véritable pèlerinage photographique à travers les barrages au Japon, nous ouvre le décor d’une planète inconnue. Les routes ressemblent à des rivières, les constructions de barrages ont des faux airs de stations spatiales abandonnées, et les couleurs vives n’ont rien de naturel. Shunsuke souligne l’étrangeté de ces structures, créées par l’homme. Comment le progrès échappe à l’humain et combien il est difficile de retrouver son identité lorsqu’on arrive à ce point de non retour.