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RTR - RUSSIANTEAROOM GALLERY

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SOUS PRESSION
EXPOSITION // 31 mars - 13 mai 2017

avec les oeuvres de: Manon Bara, Arthur BONDAR, Aleksey KONDRATYEV, Sergey MAXIMISHIN, Gresham TAPIWA NYAUDE, Margo OVCHARENKO, Philippe TARABELLA, Natasha PODUNOVA, Oleg PONOMAREV, Danila TKACHENKO, Ivan TUZOV, Alice YOFFE, Dunya ZAKHAROVA

L’exposition « SOUS PRESSION » à la galerie RUSSIANTEAROOM, laisse 13 artistes - les photographes et les peintres - s’exprimer sur le sujet. 

Les uns parlent des pressions sociétales, les autres proposent des solutions possibles d’échappatoires. Certains plongeants dans leur situation privée, intime, cachée, les autres faisant des généralisations qui concernent des phénomènes locaux ou planétaires. Cet effet de loupe et son mouvement du minuscule vers le global nous est utile pour mesurer la grandeur de l’événement, et notre place dans l’espace-temps par rapport à lui. Se sentir ou pas concerné. Car vivre sous pression, nous connaissons tous…

La pression, je crois, est une notion dans laquelle la dualité du monde s’exprime le mieux. La pression peut être considérée comme une force positive ou négative, en fonction de la situation. Sa puissance et sa nature peuvent créer ou détruire.

Rappelez vous, dès la naissance, la pression nous accompagne : on est propulsé par la pression du ventre de la mère, et aussitôt enveloppé par la pression atmosphérique. Et notre corps va supporter le poids d’une tonne d’air toute sa vie. Comme l’être humain ne se réduit pas à un corps inerte, mais aussi à un cerveau, des désirs et des émotions, il est objet de toutes sortes de pressions, forcées par les circonstances ou volontaires.

Les photographies de Sergey Maximishin sont des récits condensés sur la condition russe, mais ses sujets ne concernent pas uniquement ce pays. La violence des supporters de football (« je n’ai jamais eu autant peur de ma vie, même en Afghanistan ou en Tchétchénie, sous les tirs », dit l’artiste) ; la scène d’une beauté biblique - un soldat et son repas modeste sur le fond enneigé du front tchétchène ; la manifestante enragée – la pression peut flotter avec un calme explosif, ou nous éclater dans le visage. Les personnages de Dunya Zakharova, parfois dessinés d’un trait au crayon, sont fragiles et nerveux, ils recherchent un cocon protecteur, mais, hélas, sont confrontés à la vie et subissent ses brutalités, en silence, ponctuée par le cardiogramme.

Les peintures de Gresham Tapiwa Nyaude racontent la pression des médias dans la société zimbabwéenne actuelle, la russe Natalia Podunova capte dans ses portraits photographiques les enfants hypnotisés devant les écrans télévisés, comme des zombies, - les deux artistes parlent du phénomène et de son effet, avec des moyens différents. 

Pour se cacher du bourdonnement de la société moderne, on cherche toutes sortes de remèdes. Les corps sur les photos d’Arthur Bondar, expulsés à moitié des ondes noires, dans la pénombre du jour tombé, sont des pêcheurs qui se plongent dans l’eau glaciale, pour fêter L'Epiphanie, et se débarrasser du poids de leurs péchés. 

L’eau qui soigne et qui nourrit, mais qui est aussi un endroit de thérapie particulière - les hommes des pays de l’ex URSS vont pêcher sur les eaux gelées, pour se libérer des pressions quotidiennes. C'est devenu un sport national, un passe temps et un challenge. Les pêcheurs du Kazakhstan, photographiés par Aleksey Kondratyev, comme des fantômes sous des bâches en plastique, qui opèrent dans le froid extrême, se coupent du monde, avec leur ravitaillement sous la main, semblables a des cosmonautes sur une autre planète.

Et les ermites de la série « Escape » de Danila Tkachenko se détachent complétement des réalités, en cherchant une vie en liberté, sans contraintes sociales, politiques ou raciales. Ils se donnent une chance d’affronter la vie dans son état pur et dur, sans les pressions artificielles de la société, en s’échappant pour divers raisons dans les bois. Où l’homme se réduit à lui-même et peut compter que sur soi.

Dans les univers très privés de Manon Bara et Margo Ovcharenko, la pression monte. Le tout récent travail photographique de Margo Ovcharenko explore les relations internes et externes des couples féminins. La tension, l’attirance, la tendresse créent cet équilibre fragile, où la pression est discrète, mais palpable. Et dans les autoportraits de Manon Bara, la pression déborde, suinte du sang, car l’émotion est trop forte et intenable.

De la zone privée, on passe aux propos englobants d’Ivan Tuzov, Oleg Ponomarev et Alice Yaffe. Les images d’Oleg Ponomarev sont issues du scanner de sécurité du métro de Saint Pétersbourg. Parmi les objets anodins, on retrouvent dans les sacs des passagers des choses beaucoup moins banales : des ballons de gaz, des fusils, des pistolets, des cartouches. La pression pousse le citoyen à chercher des moyens d’autodéfense, à en avoir sous la main à tout moment, d’être prêt à prendre un coup. Les personnages du pixel art d’Ivan Tuzov, morts et connus, subissent des pressions que les simples mortels connaissent, comme ce Lénine, qui fatigué d’être dérangé par les visiteurs et le bruit de la civilisation, sort de son mausolée, hors de lui. Et enfin, sur la fresque gigantesque de 12 m2 d’Alice Yaffe, l’art mural, le street art, la caricature, l'expressionisme – tous les styles se mélangent, sous le pinceau acéré de la jeune peintre. Les silhouettes se sont figées, comme aveuglées par un éclair invisible : la réunion sécrète des marchands d’armes internationaux est interrompue par l’apparition soudaine d’un terroriste ou contestataire armé. Sa pose tendue rappelle étrangement la pose de l’assassin de l’ambassadeur russe en Ankara en décembre 2016, pourtant, l’oeuvre fut crée avant cette date... Prémonitoire.

Vivant sous pression permanente, l’homme d’aujourd’hui a la possibilité de travailler ce problème, et de soigner ce mal. Mais, semble-il, il s’entoure d’avantage de gadgets et de nouvelles sources d’angoisse, il se perd et se noie, impuissant. 

A quand la sortie de prison ?

 

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